Exercice d'évacuation obligatoire : fréquence, registre et preuves
Le Code du travail impose un exercice d'évacuation au moins tous les six mois, avec date et observations consignées sur un registre à tenir à disposition.
Le Code du travail impose des exercices d’évacuation au moins tous les six mois dans les établissements soumis à la consigne de sécurité incendie. La date de chaque exercice et les observations auxquelles il a donné lieu doivent être consignées sur un registre tenu à la disposition de l’inspection du travail. Cette page s’adresse à l’employeur, au responsable sécurité ou au référent qui doit organiser l’exercice et pouvoir prouver qu’il a eu lieu. Vous y trouverez le texte exact, ce qu’il exige réellement, ce qu’il ne fixe pas, et ce que votre registre doit contenir pour valoir preuve le jour d’un contrôle.
Ce que dit exactement l’article R4227-39
L’obligation tient en deux phrases, dans l’article R4227-39 du Code du travail :
La consigne de sécurité incendie prévoit des essais et visites périodiques du matériel et des exercices au cours desquels les travailleurs apprennent à reconnaître les caractéristiques du signal sonore d’alarme générale, à localiser et à utiliser les espaces d’attente sécurisés ou les espaces équivalents à se servir des moyens de premier secours et à exécuter les diverses manœuvres nécessaires.
Ces exercices et essais périodiques ont lieu au moins tous les six mois. Leur date et les observations auxquelles ils peuvent avoir donné lieu sont consignées sur un registre tenu à la disposition de l’inspection du travail.
Deux points méritent d’être relevés tout de suite. D’abord, l’obligation n’est pas autonome : elle est portée par la consigne de sécurité incendie, dont le contenu est fixé par l’article R4227-38. Si votre établissement doit établir cette consigne, il doit aussi prévoir ces exercices. Ensuite, le texte parle d’exercices et d’essais et visites périodiques du matériel. Les deux sont soumis au même rythme et au même registre.
Pourquoi « au moins tous les six mois » n’est pas « deux fois par an »
La formule du Code est un plancher, pas un calendrier. Elle signifie que l’intervalle entre deux exercices ne doit pas dépasser six mois, ce qui n’est pas la même chose que d’en organiser deux dans l’année civile. Deux exercices tenus en janvier puis en novembre respectent le compte annuel mais laissent passer dix mois sans exercice.
En pratique, la lecture prudente consiste à raisonner en intervalles glissants et à programmer les exercices à date, par exemple mars et septembre, plutôt qu’à les caser quand le planning le permet. Rien n’interdit d’en organiser davantage, et certaines situations le justifient : emménagement dans de nouveaux locaux, modification des circulations, changement du système d’alarme, arrivée d’un effectif saisonnier important.
Ce que l’exercice doit permettre d’apprendre
Le texte ne se contente pas d’imposer une fréquence, il énumère ce que les travailleurs doivent apprendre pendant ces exercices. Un exercice qui se limite à faire sortir tout le monde par la porte la plus proche ne couvre pas cette liste.
| Ce que le texte exige d’apprendre | Ce que cela implique concrètement |
|---|---|
| Reconnaître les caractéristiques du signal sonore d’alarme générale | Faire entendre le signal réel de l’établissement, et non un simple mot d’ordre verbal |
| Localiser et utiliser les espaces d’attente sécurisés ou les espaces équivalents | Identifier ces espaces sur le plan et vérifier qu’ils restent accessibles et dégagés |
| Se servir des moyens de premier secours | Savoir où se trouvent les extincteurs et qui est chargé de les mettre en action |
| Exécuter les diverses manœuvres nécessaires | Vérifier le déverrouillage des issues, la fermeture de portes, la coupure des énergies quand elle est prévue |
L’énumération du Code s’arrête là. Elle ne décrit ni scénario type, ni niveau de difficulté, ni obligation de faire intervenir un tiers extérieur. Ces choix vous appartiennent, et c’est précisément ce que la colonne des observations du registre sert à documenter.
Le registre, la seule preuve qui vous reste six mois plus tard
C’est le point le plus souvent négligé, et le plus simple à corriger. Le Code exige que soient consignées sur un registre tenu à la disposition de l’inspection du travail deux informations : la date des exercices et essais périodiques, et les observations auxquelles ils ont donné lieu.
Ni le format, ni le support, ni un modèle officiel ne sont imposés par cet article. Un tableau, un classeur ou un fichier partagé conviennent, du moment qu’ils sont tenus à jour et disponibles immédiatement en cas de contrôle. Ce que vous avez intérêt à y faire figurer, au-delà du minimum :
- la date et l’heure de déclenchement, ainsi que le type d’événement, exercice d’évacuation ou essai de matériel ;
- les bâtiments, niveaux et locaux concernés ;
- les anomalies constatées, formulées en termes factuels, par exemple une issue encombrée ou une alarme inaudible dans un local ;
- les décisions prises à la suite de ces constats et la personne qui en a la charge ;
- la date de levée de chaque anomalie.
Un registre qui n’enregistre jamais aucune observation est un registre suspect. Un exercice sert à détecter des écarts ; s’il n’en détecte aucun, c’est en général que l’on n’a pas regardé.
Obligatoire, recommandé, pratique courante : ce qui vient d’où
Beaucoup de contenus mélangent le texte réglementaire et les usages professionnels. La distinction change pourtant la nature de ce que vous risquez.
| Élément | Statut | D’où il vient |
|---|---|---|
| Exercices et essais au moins tous les six mois | Obligatoire | Article R4227-39 |
| Consignation de la date et des observations sur un registre | Obligatoire | Article R4227-39 |
| Registre tenu à la disposition de l’inspection du travail | Obligatoire | Article R4227-39 |
| Désignation des personnes chargées de diriger l’évacuation | Obligatoire | Article R4227-38, 3° |
| Termes « guide-file » et « serre-file » | Pratique courante | Absents du Code du travail |
| Durée cible d’évacuation, scénario imposé, modèle de registre | Non fixés par ces articles | Choix internes ou référentiels privés |
| Exercice inopiné plutôt qu’annoncé | Non tranché par ces articles | Choix de l’organisation |
Quand une information ne figure dans aucun de ces textes, elle relève de votre organisation et de l’obligation générale de sécurité de l’article L4121-1, qui impose à l’employeur de prendre les mesures nécessaires et de les adapter au changement des circonstances, sans fixer de chiffre.
Qui dirige l’évacuation le jour de l’exercice
L’exercice suppose que quelqu’un dirige. Cette désignation ne vient pas de l’article R4227-39 mais du 3° de l’article R4227-38, qui impose que la consigne de sécurité incendie indique, pour chaque local, les personnes chargées de diriger l’évacuation des travailleurs et éventuellement du public.
Les mots « guide-file » et « serre-file » n’apparaissent nulle part dans le Code du travail. Ce sont les intitulés usuels de ces missions, largement employés par les organismes de formation et par les documents internes. Les employer est sans risque, à condition de ne pas laisser croire qu’une désignation informelle suffit : ce qui est exigé, c’est que la consigne nomme ces personnes local par local. Notre guide des rôles de guide-file et serre-file détaille cette désignation et ce qu’elle recouvre au quotidien.
Un exemple de programmation sur douze mois
Une PME de 60 salariés répartis sur deux niveaux peut tenir l’obligation ainsi : exercice complet en mars avec déclenchement de l’alarme générale et relevé des temps de sortie par niveau, essai des issues et du matériel en juin, second exercice complet en septembre sur un scénario différent, par exemple une issue principale condamnée, puis essai de matériel en décembre. L’intervalle entre les deux exercices reste inférieur à six mois, chaque passage donne lieu à une ligne de registre, et les anomalies de mars sont réexaminées en septembre.
Ce type de programmation ne vient d’aucun texte, il illustre simplement une façon de respecter le plancher réglementaire sans dépendre du calendrier de fin d’année.
Ce que ces articles ne disent pas
Écrire ce que le texte ne prévoit pas est aussi utile qu’en citer le contenu. Les articles R4227-38 et R4227-39 ne fixent pas de durée maximale d’évacuation, pas de nombre minimal de participants, pas d’obligation d’annonce préalable ou d’exercice inopiné, pas de modèle de registre, et pas de qualification particulière pour la personne qui conduit l’exercice.
Les obligations de formation qui entourent ces exercices sont d’une autre nature et relèvent d’autres textes selon votre activité et vos risques. Notre guide de la formation incendie obligatoire fait le point sur ce qui est exigé, pour quels établissements, et sur ce qui relève de la recommandation.
Ce qu’il faut faire cette semaine
Trois vérifications suffisent à savoir où vous en êtes. Ouvrez votre registre et regardez la date du dernier exercice : si elle remonte à plus de six mois, l’exercice suivant est déjà en retard. Vérifiez ensuite que la colonne des observations est renseignée et que les anomalies relevées ont une date de levée. Vérifiez enfin que votre consigne de sécurité incendie nomme, pour chaque local, les personnes chargées de diriger l’évacuation, et que ces personnes sont toujours présentes dans l’effectif.
Si cette dernière vérification révèle des désignations vides ou obsolètes, la formation Évacuation prépare les personnes désignées à tenir ce rôle, et la formation EPI concerne les salariés chargés de mettre en action les moyens de premier secours mentionnés par la consigne. Nous pouvons vous indiquer le format adapté à la taille et à la configuration de votre établissement.
Sources et références
- Code du travail, article R4227-39, exercices et essais périodiques, fréquence et registre : https://code.travail.gouv.fr/code-du-travail/r4227-39
- Code du travail, article R4227-38, contenu de la consigne de sécurité incendie : https://code.travail.gouv.fr/code-du-travail/r4227-38
- Code du travail, article L4121-1, obligation générale de sécurité de l’employeur : https://code.travail.gouv.fr/code-du-travail/l4121-1
Textes vérifiés le 24 août 2026. Ce contenu présente le cadre général et ne remplace pas l’examen de votre situation, qui peut dépendre de votre effectif, de votre secteur, de la configuration des locaux et des règles propres aux établissements recevant du public.
Questions fréquentes
À quelle fréquence faut-il organiser un exercice d'évacuation ?
L'article R4227-39 du Code du travail impose des exercices et essais périodiques au moins tous les six mois. Il s'agit d'un plancher, pas d'un rythme fixe : un établissement peut en organiser davantage, par exemple après un déménagement, un réaménagement des locaux ou l'arrivée d'un effectif important.
L'exercice d'évacuation doit-il être consigné quelque part ?
Oui. Le même article impose que la date des exercices et essais périodiques ainsi que les observations auxquelles ils ont donné lieu soient consignées sur un registre tenu à la disposition de l'inspection du travail. C'est ce registre qui fait la preuve, pas le fait d'avoir organisé l'exercice.
Le Code du travail fixe-t-il une durée maximale d'évacuation ?
Les articles R4227-38 et R4227-39 ne fixent aucune durée cible ni aucun temps maximal d'évacuation. Les valeurs de quelques minutes que l'on lit fréquemment relèvent d'objectifs internes ou de référentiels privés, pas de ces textes. Si vous retenez un objectif de durée, présentez-le comme un objectif interne et non comme une obligation légale.
Tous les salariés doivent-ils participer à chaque exercice ?
Le texte vise l'apprentissage par les travailleurs mais ne fixe ni taux de participation ni règle individuelle. Organiser les exercices de façon que chaque salarié y ait participé sur une période donnée, y compris les postés et les absents du jour, relève de la bonne pratique et se justifie au titre de l'obligation générale de sécurité de l'article L4121-1.
Faut-il prévenir les salariés avant un exercice d'évacuation ?
Les articles R4227-38 et R4227-39 ne se prononcent pas sur l'annonce préalable. Un exercice annoncé et un exercice inopiné sont donc l'un et l'autre possibles, et ils ne mesurent pas la même chose : le premier vérifie que les consignes sont connues, le second que les réflexes tiennent sans préparation.
Les rôles de guide-file et de serre-file sont-ils obligatoires ?
Ces deux termes n'apparaissent pas dans le Code du travail. Ce qui est obligatoire, c'est la désignation, pour chaque local, des personnes chargées de diriger l'évacuation des travailleurs et éventuellement du public, prévue au 3° de l'article R4227-38. Guide-file et serre-file sont les intitulés usuels donnés à ces personnes par la pratique et par les organismes de formation.